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lundi, 24. avril 2017

Les peintures rupestres

Peintures rupestres (pictographie) – qui ne pense pas à des noms comme Altamira, Lascaux, ou les oeuvres magistrales des aborigènes en Australie?

Les peintures rupestres, les pictographies et les pictogrammes de Baja California restent réparties dans toute la péninsule. Il y a réellement sur la péninsule des centaines de sites de peintures, avec une plus grande concentration dans les cordillères centrales de la Sierra San Francisco, Sierra San Borja, Sierra San Juan et Sierra Guadalupe. Il est probable que beaucoup d'autres sites ne soient pas encore découverts.

Lorsque les espagnols arrivèrent à Baja California, ils questionnèrent les indigènes sur les mystérieuses peintures faites de colorants minéraux rouges, blancs et noirs. Mais personne ne pouvait donner des informations sur les artistes préhistoriques. Ils pensaient que seuls des géants de plus de cinq mètres avaient pu créer ces dessins qui sont parfois à huit mètres du sol. Aujourd'hui on présume que les artistes employaient des échafaudages en bois de cactus pour pouvoir dessiner à des hauteurs que seuls des géants pouvaient atteindre. L'usage typique de deux couleurs pour dessiner les humains moitié-moitié, demeurera probablement toujours un secret. La majeure partie des dessins se trouvent au centre de Baja California, principalement dans la région de Santa Marta et les montagnes de San Francisco. Les ustensiles des peintres trouvés par les archéologues sont uniquement en pierre, ou des pointes de flèche, des outils tranchants, ou des os taillés bien conservés pour la postérité.

Depuis 1993 les peintures sont classées au Patrimoine de l'Humanité par l'UNESCO. On ne peut les visiter qu'avec un guide officiel. Pourquoi ces sites sont-ils si peu connus? Il est difficile d'accéder à la majorité d'entre-deux, cachés très à l'intérieur des montagnes, dans des canyons ou des oasis de palmiers.  Peu  comme les peintures du Canyon de Santa Marta sont accessibles en voiture. Et pour se risquer à celles peu visitées il faut compter plusieurs jours de marche et se munir d'une tente. Une entreprise fatigante et qui vous coûte non seulement de la sueur, mais aussi pas mal d'argent pour le permis, le guide local, la caravane de mules et les provisions. Mais cela en vaut la peine, parce que les montagnes de Baja California avec leur faune et leur flore typiques sont déjà une expérience unique. Dans beaucoup d'endroits les sentiers sont inexistants et il faut escalader des parois abruptes pour accéder aux galeries situées sur les hauteurs.

Mais une fois arrivés au but de l'expédition, toutes les difficultés sont vite oubliées. Sur de longues rangées resplendissent les motifs – représentations d'hommes et d'animaux- sur les plafonds et sur les murs des grottes jusqu'à 10 mètres de haut. Des échelles ou des échafaudages ont été nécessaires pour les réaliser. Les chercheurs distinguent plusieurs écoles de peintures, mais en général les figures sont seulement en contours sans détails. Les figures humaines sont toujours représentées les bras relevés. Les animaux à quatre pattes courent ou sautent, les poissons sont de profil et les oiseaux volent dans l'espace. Il y a des peintures de gibiers, cerfs, lapins, loups, vautours et même des baleines. Parmi les sites les plus impressionnants il y a sûrement les grottes situées dans le Canon Santa Teresa (Sierra San Francisco), la Cueva de la Flechas, la Cueva de la  Musica et la Cueva Pintada aussi appelé Cueva Gardener.  Cette dernière est la galerie de peintures rupestres la plus grande connue à Baja Califfornia, elle mesure 166m de long et contient des centaines de motifs divers.

En ce qui concerne la coloration, des différences apparaissent entre les régions: par exemple les représentations humaines dans la Sierra San Borja sont entièrement rouges, tandis qu'elles sont rouges et noirs dans la Sierra San Francisco. Quelquefois elles ont un chapeau ou un ruban dans les cheveux. Les artistes fabriquaient leurs pigments avec des substances naturelles: les pierres moulues (rouge, blanc, jaune) le charbon de bois et la cendre (noir). Ils étaient mélangés à l'eau et appliqués avec des pinceaux en agave. Grâce au climat sec de la péninsule, les peintures se sont maintenues à travers des milliers d'années.

Mais que sait-on à propos des artistes? Les missionnaires du 18ème siècle rapportent un peu de documents sur  quelques peintures, mais ils n'avaient pas beaucoup de compréhension pour des oeuvres du diable. Les chercheurs commencèrent relativement tard à traiter de ce thème, le premier en 1900 fut un français Léon Diguet, employé de la mine de cuivre El Boleo à Santa Rosalia. A partir des années 40 du 20ème siècle l'américain Stanley Gardener explora en particulier les peintures de la Sierra San Francisco ( d'où le nom de Cueva Gardener) et écrivit son livre intitulé « The hidden heart of Baja ». Henry Crosby, un autre américain fut actif à partir de 1972. Ses recherches intensives furent relatées dans le magasine « National Geographic » et en 1984 il publia son livre «  The Cave Paintings of Baja California ». Plus récemment des chercheurs de l'Institut National d'Anthropologie et d'Histoire (INAH) ont aussi contribué à la mosaïque pour comprendre les mystères de ces peintures. Tandis que Crosby situait la période des peintures entre 500 ap.JC et 1500 ap JC, l'INAH étend considérablement la durée, c'est à dire depuis 3.000 av.JC jusqu'à 1650 ap. JC. Cela impliquerait les indiens Cochimi qui vivaient dans la partie centrale de Baja California, lorsque arrivèrent les missionnaires, ils devraient eux aussi avoir fait partie des peintres, ou tout au moins ils auraient du les connaître. Or les Cochimis ignoraient la signification des symboles autant que les techniques des peintres. Ou bien ils ne voulurent pas dévoiler leurs savoirs aux missionnaires. Selon leurs légendes, des géants avaient peint les parois des rochers, longtemps avant l'arrivée de leurs ancêtres.

Les artistes restent ainsi méconnus, de même que les raisons de leurs créations, de manière que l'observateur peut laisser libre cours à son imagination. Peut-être que les sites des peintures furent d'anciens lieux de cultes, ou des endroits de passage, ou des lieux de chasse, puisque les animaux sont toujours représentés dans la fuite, la bouche ouverte, haletant, comme s'ils étaient pourchassés. Dans la Cueva de la Flechas, plusieurs humains sont transpercés par des flèches, ce qui peut être interprété comme une action belliqueuse ou une dispute de chasseurs entre groupes locaux. Ou se sont des guérisseurs indigènes, et les flèches des métaphores de la mort et de mourir ? A proximité des galeries furent découverts des restes de logement, de feux, de lieux de cérémonies et des cimetières; ainsi que  des outils et des armes (meules, grattoirs, outils tranchants en os, des treillis, des arcs et des flèches). Les créateurs des peintures rupestres étaient certainement des nomades, vagabondant selon les cycles de la nature et les migrations du gibier. Beaucoup des animaux représentés ne se trouvent plus que rarement aujourd'hui à Baja California, indice du changement des conditions de vie. Il est possible que cela entraîne la disparition des peintres. La meilleure protection de ces peintures est actuellement la difficulté d'accès. Nous espérons que les fascinantes peintures seront encore mieux protégées dans le futur qu'elles ne furent jusqu'à présent.